Paradoxe. Comment reconnaître si un écosystème est réellement disponible pour accueillir une innovation?
Quels signaux nous indiquent le bon moment?
Parfois, il faut ralentir volontairement pour éviter de s’effondrer involontairement.
Et accepter que ce ralentissement temporaire puisse être perçu comme une menace.
Dans un échange ici même la semaine dernière sur mon post «Quel est l’impact du conflit entre les médecins et le gouvernement sur l’innovation en santé?», Camille Blanckaert rappelait avec justesse que les besoins de base doivent être satisfaits avant d’accéder aux niveaux supérieurs (Pyramide de Maslow). C’est vrai individuellement. Et c’est vrai en organisation.
Pourtant, c’est souvent précisément en pleine surcharge, quand on manque de temps, de ressource et de repère, que l’innovation devient urgente… et difficile à activer.
Parce que la peur du changement n’est pas irrationnelle. La recherche la relie à quatre facteurs principaux:
- Perte perçue de contrôle
- Coût cognitif plus élevé que le statu quo
- Menace identitaire / statut
- Ambiguïté du bénéfice
Je constate encore et encore que c’est ce dernier qui bloque le plus souvent.
On peut accepter d’expérimenter… si on perçoit clairement pourquoi.
Mais si le bénéfice est flou, l’innovation paraît risquée.
Et si elle nous ralentit temporairement, elle paraît menaçant.
Ce paradoxe nous force à une réflexion collective: comment prendre du recul en période de surcharge, pour devenir plus performant ensuite?
À mes yeux, ça implique:
- Ralentir volontairement pour mieux s’orienter.
- Créer l’espace d’écoute (même mince) qui rend possible un langage commun.
- Définir ensemble, en amont, ce qui constituera une preuve de bénéfice.
Dans notre système de santé tendu, je pense que la plupart des organisations ne souffrent pas d’un manque d’accès à des outils technologiques… mais d’un manque d’espace mental partagé pour se les approprier.
Prendre soin de soi (Maslow), prendre soin de l’équipe, respirer, nommer ensemble le bénéfice attendu, créer l’espace avant d’implanter.
C’est une piste de solution qui coûte peu.
Mais qui demande du courage.
Référence: John P. Kotter – « The Heart of Change »
